Auteure et interprète Chantal Lebaillif
Lents murmures de l’aube ou l’Histoire d’une transmission retrouvée est le troisième et dernier volet de la trilogie « Les Écheveaux du temps ».
Mise en scène : Chantal Lebaillif,
Création lumières : Jacques Duvergé,
Scénographie : Stéphanie Laurent,
Musique et bande son : Francis Courtot,
Décoratrice et accessoiriste : Sarah Colas,
Photos : Jean-Christophe Bardot.
Captation-montage teaser : Olivier Quatrefages.
Crédit affiche : Amandine Masson.
“Nous sommes des racines de la relation. Des racines sous-marines : c’est-à-dire dérivées, non implantées d’un seul mât dans un seul limon, mais prolongées dans tous les sens de notre univers, par leur réseau de branches.” d’Edouard Glissant (1981)
Une vieille femme, des poubelles, des paquets, une mitraillette : jadis elle a dû être militaire.
Elle trie ses effets personnels pour se préparer à son ultime départ. Elle veut être présentable.
Elle désire que sa fin soit l’occasion d’un superbe spectacle, qu’elle veut filmer en espérant que son fils puisse le voir. Ce dernier ne viendra pas. Il a trop de choses à lui reprocher. C’est ce qu’il lui a écrit dans sa dernière lettre.
Quelques mots pour seul lien !
Les traces d’un spectacle grandiose, voilà ce qu’elle veut lui laisser !
Elle se trouve coincée sur un terrain vague devenu boueux, après la fonte de la banquise. Peu importe, elle a trouvé trois projecteurs et une boîte qui fera office de cercueil. Elle a convoqué toutes les instances nécessaires à la cérémonie : son ange et un préposé aux départs qui se manifeste à grands coups de sifflet. Le regard plongé dans les nuages, elle attend encore son ange qui viendra, à n’en pas douter, d’en haut. Tout est prêt en bas !
Seulement voilà, la surexposition lumineuse de ses projecteurs l’aveugle et elle ne voit pas un vieil arbre fatigué aux racines tenaces qui finiront par détruire les vestiges d’une installation électrique chérie par le monde d’avant.
Curieusement, ces racines, qui ne cessent de bifurquer, sont recouvertes de petits champignons lumineux. Ces derniers, aux allures de petites loupiottes, vont réorienter le regard de notre vieille femme vers l’ici-bas et l’inviter à quitter la verticalité, concentrée qu’elle était sur sa cible à atteindre : les cieux, lieu de bien-être par excellence, où le souci de l’autre s’évanouit !
L’altérité disparaît dans le sentiment de toute-puissance !
Ce sol, ces racines et ces loupiottes, comme une page habitée d’un livre, seront-ils suffisants pour l’aider à réinterroger le passé en ruine, laissé à son fils, tout en continuant à avancer, sans paillette, ni gloire jusqu’à sa fin, car il faut bien une fin ?
Spectacle tout public à partir de – Durée :.
Les dates
Du 26 au 28 mars 2026 à 18h
Le dimanche 29 mars 2026 à 15h
Au Théâtre du Temps – Paris (11°).
À propos de la pièce
L’histoire de cette vieille femme, qui se déroule sous nos yeux comme une fable, en appelle à notre capacité à espérer, à nous émerveiller probablement, sans infantilisme et sans naïveté.
Le monde, qui est toujours en renouvellement, résiste aux attentes de notre vieille et à ses pronostics. Elle va donc se dépouiller de ces oripeaux silencieux où le passé qu’elle a fuit la déborde.
La finitude la bloque dans sa fuite en avant et l’immobilise, ce qui pourrait l’encourager à tout arrêter et à attendre l’apocalypse ; il n’en est rien.
La lettre de son fils calée indécrottablement dans sa main, couplée à la présence d’un arbre millénaire, créent comme deux alternatives où un mouvement se dessine et lui donne un élan de vitalité.
Elle pourra, enfin, porter attention à tout ce qui peut survenir autour d’elle et être en alerte à tout frémissement de nouveaux possibles.
C’est comme si les choses à percevoir étaient déjà là, disposées dans l’environnement, attendant simplement une attention, pour exister.
« J’ai besoin d’un hululement » Virginia Woolf (1939)
« Pour me dégager de mes ruines, il me fallait avoir des ailes. Et je volai. » Paul Klee (1920)
Comment représenter ce hululement, ce battement d’ailes sur un plateau de théâtre ?
Autrement dit, comment le théâtre peut donner à frémir, à éprouver et à penser cette nécessité – là, sourde et impérieuse, née dans ces temps actuels, asphyxiés, saturés de mots vidés de sens où la brutalité et la haine nous assaillent de tous bords ?
J’ai emprunté à Paul Klee l’allégorie de son ange, le fameux «Angelus novus ». Cet ange qui a le regard braqué sur les ruines du passé et les ailes bloqués, tourne le dos au futur. Et pourtant une énorme tempête le pousse inexorablement vers l’avenir.
L’arbre présent sur le plateau empruntera donc résolument quelques traits de ressemblance avec cet ange.
Quant aux petites loupiottes, il convient d’évoquer une autre histoire, celle de ces petits champignons lumineux.
Ces petits champignons biolumineux, non phosphorescents, se trouvent dans les sous-bois sur les racines des arbres, à peine visibles car leur luminosité est extrêmement faible.
On en a découverts au pied du plus vieil arbre du monde, un mélèze de Patagonie, au Chili. Ce vieil arbre a plus de 3500 ans. Ces petits champignons peuvent capter 13 millions de tonnes de CO2, soit un tiers des émissions mondiale de gaz à effets de serre. (Toby Kiers, chercheuse environnementale, a reçu l’équivalent du prix Nobel de l’environnement en 2025).
Pétrie dans son arrogance, ses certitudes et ses dogmes, notre petite vieille a bien failli piétiner ces petits champignons lumineux, cherchant en haut, ce qui se trouvait peut-être en bas, à ses pieds !
À propos de la mise en scène
Un plateau, à nouveau haché, raturé, qui se donne à voir de façon partielle, comme un puzzle.
Le plateau est d’abord le lieu d’un spectacle, de paillettes, de rose où la promesse de gloire bat son plein, même si la décharge n’est pas loin ! La boîte-cercueil est là également pour accueillir ce départ époustouflant, capable de racheter tous les ratages de l’existence car il y en a toujours !
La pluie, l’orage ne cessent…à l’infini.
On patauge dans la boue, peu importe, il suffit juste de lever son regard vers les cieux pour trouver la consolation !
Ce premier lieu est donc celui des bruits, des grondements de tonnerre, de la puissance de l’orage qui écrasent tout, celui de la débauche lumineuse qui aveugle !
A l’image d’un monde qui se renouvelle, le plateau devient ensuite, lieu de persistance et de résistance, plus délabré, mais débarrassé des paillettes. Ce lieu est celui du vieil arbre avec ces racines qui bifurquent, qui se réorientent sans cesse, qui se réinventent, qui cheminent.
Derrière le bruit tonitruant de la tempête, des notes se mettent en place, peu à peu. Dans une ultime confrontation, elles réussiront à s’imposer du haut de leur fragilité.
Accompagnées dans leur résistance par des sources lumineuses, plus fragiles, elles aussi, plus ponctuelles, plus horizontales.
Les dogmes tombent. Le doute, le questionnement et la pensée irriguent à nouveau notre vieille femme.
Enfin un troisième espace s’ouvrira sur des murmures, des loupiottes…uniquement, juste à l’aube naissant. Le temps de lire la lettre de son fils jusqu’au bout , cette fois-ci !
« L’obscurité, c’est ce qu’il faut à tout prix éviter ! » laissera échapper dans un souffle notre petite vieille.
